Sagesses du Monde : Le Secret du Passeur...

Il était une fois un jour, dans l'Afrique profonde, un homme du nom de Baya qui cheminait sur le chemin de la connaissance, qui arpentait la route de sa vie.

Baya, après avoir traversé une bonne partie de la Tanzanie, se dirigeait vers le Mozambique.

Toutefois, pour s'y rendre, il devait d'abord traverser le fleuve Ruvuma qui servait de frontière entre les deux pays.

C'est là, au bord du grand fleuve, qu'il rencontra un passeur qui attendait sur la berge.

Tranquillement installé près de son bateau, ce dernier attendait qu'on ait besoin de lui et de son embarcation.

Arrivé près de lui, Baya remarqua son air étrange et mystérieux, avant de lui demander :

- "Dis moi passeur, pourrais-tu m’emmener de l'autre coté ?"

Acquiesçant de la tête, ce dernier se leva et mis immédiatement son bateau à l'eau.

Ceci fait, il objecta :

- "D’où viens-tu et où vas-tu mon ami ?"

Le voyageur répondit :

- "Je me nomme Baya, je viens du passé et je vais vers l’avenir à la recherche de la béatitude, et ceci depuis ma naissance."

Tout en lui proposant de s'installer à bord, le passeur répliqua :

- "C'est très bien ! Mais aujourd'hui, où en es-tu de ton voyage ?"

Surpris de la question et même un peu déstabilisé par elle, alors que le passeur enfonçait sa perche dans le fleuve, Baya expliqua :

- "C'est bien difficile ! En vérité, je ne sais pas où j’en suis car j’ai étudié des années, j’ai parcouru le monde dans tous les sens, j’ai médité et suivi les enseignements des grands maîtres, j’ai renoncé à m’installer, à aimer un autre être, j’ai fait vœu de chasteté et de célibat, j’ai travaillé mes défauts, mes colères, ma vanité, mon orgueil, mon égoïsme, j’ai prié, prié, prié et j’ai même abandonné Dieu !"

Ceci dit, tandis que la barque avançait doucement, il avoua avec dépit :

- "Mais aujourd'hui, alors que je suis ici près de toi passeur, je constate que je ne suis rien."

A ces mots, un très long silence suivi, seulement marqué par le bruit de la perche qui fendait les flots.

Baya posa alors son regard sur le passeur.

Ce dernier montrait une telle quiétude, un tel sentiment de paix, en lui et à l'extérieur de lui.

Baya en fut tout chamboulé, comme si cette énergie entrait en lui.

C'est là que tout revigoré, il demanda au passeur :

- "Mais toi mon ami passeur, plus je te regarde, plus dans tes yeux, sais-tu, je vois quelque chose de merveilleux !"

Montrant enfin un sourire, il ajouta :

- "Je vois dans tes yeux ce que moi je cherche depuis tant d’années sans savoir y mettre un nom. Dis-moi qu’as-tu fait, enseigne-moi ton secret, le secret du passeur."

Avec calme et une grande sérénité, le passeur lui expliqua :

- "Ce que j’ai fait mon ami ? Mais vois-tu, moi aussi comme toi, j’ai cherché dans ma jeunesse, j’ai même cru que j’avais atteint le portail de la vérité. Mais derrière cette porte il n’y avait absolument rien ! Alors, il m’a fallu réapprendre à vivre ! A vivre mes colères, à vivre mes vanités, à vivre l’orgueil et l’égoïsme, apprendre la vie en couple, apprendre la jalousie et la possession, apprendre à réapprendre, à vivre les initiations, à expérimenter les débuts sans les fins."

Sur ces paroles, il regarda le fleuve avant de poursuivre :

- "Jusqu’au moment où la vie m’a montré la beauté dans les épreuves, les défauts, dans mes défauts ! C'est là que j’ai enfin compris que la pierre était un être en devenir, qu’une colère était une paix en devenir, que la méchanceté était du bon en devenir, que le mensonge était la vérité en devenir, que la haine était de l’amour en devenir, que l’ombre était de la lumière en devenir !"

Baya demanda :

- "Et alors mon ami passeur, après toutes ces découvertes, finalement qu'as-tu compris ?"

Esquissant à son tour un sourire, mais un sourire de paix, le passeur s'exclama :

- "Et bien, après toutes ces découvertes, j’ai enfin compris qu’il n’y avait rien à attendre, que le passé fût du futur en devenir et par conséquent du présent en l’état."

Touchant enfin l'autre rive, il continua :

- "Et c'est à ce moment-là vois-tu, que j’ai senti poindre en mon cœur, en mon âme cette ultime vérité du moment : il n’y a que l’amour et cet amour permet d’atteindre la sublime illusion de la béatitude. Et en vérité, la seule chose est d’aimer, aimer la pierre, le vent, la rivière, aimer la colère, la méchanceté, la bêtise. Aimer le monstre comme le saint, aimer ton corps, ton âme et ton esprit et peu importe s’il n’est pas parfait car là aussi il y a moyen d’aimer son imperfection."

A ces mots, Baya posa le pied sur le sol du Mozambique, sur la rive opposée du fleuve Ruvuma.

Ceci fait, il donna une pièce au passeur pour le passage, et prenant son petit baluchon, il le remercia de ses mots.

Tout en reprenant alors le chemin en sens inverse, ce dernier termina d'une voix forte :

- "C'est là mon ami voyageur mon secret, le secret du passeur."

Et c'est ainsi que ce termine ce conte.

De même, n'oublions pas aussi de lire le texte ci dessous : il pourrait nous ouvrir encore quelques portes.

 

Cristal Himalaya

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