Jetsunma Tenzin Palmo

Sagesses du Monde : Le Coeur de Shankara...

 

Il était une fois, un jour, dans les rues de Delhi, un jeune Sadhu, un jeune ascèse qui s'appelait Sarup.

Sarup, depuis fort longtemps, avait toujours été dévot aux textes sacrés, et c'est bien plus encore méthodique, que chaque matin, il pesait la valeur de son cœur.

Toutefois, faisant aussi preuve de l'égo de la jeunesse, depuis quelques jours déjà, lorsqu'il le pesait, il aimait à penser que, son cœur justement, était le plus pur et le plus lumineux de toutes les habitantes et les habitants de Delhi.

En cela, convaincu que son cœur pouvait se comparer à celui de Krishna, il décida de se rendre sur la grande place du temple Akshardham, et voulant partager sa grande joie, il s'écria devant tous :

- "J'ai pesé mon cœur ce matin et je proclame, qu'il est le plus pur et le plus lumineux de tous !"

Bien entendu, la foule massée devant le temple se réunit autour de lui, pour admirer cette merveilleuse perfection.

Et tandis que le jeune Sarup déclinait les valeurs de son cœur, tout en montrant sa beauté, les fidèles se disaient :

- "Mais cela est vrai ! Le cœur de ce jeune sadhu est pur et sans cicatrices. C'est vraiment le cœur de Krishna qui bat en lui !"

Les fidèles alors convaincus de cet état de beauté intérieure, le jeune Sarup, porté par la transe de l'égo, s'exclama de plus belle encore :

- "J'ai pesé mon cœur ce matin et je proclame, qu'il est le plus pur et le plus lumineux de tous ! Le cœur de Krishna bat en moi."

Sur ces mots, les fidèles s'agenouillèrent tous devant lui et c'est là, que parmi eux, un vieux moine resté debout s'approcha du jeune Sadhu.

Avec la démarche d'un homme usé par les ans, aidé d'un bâton, il arriva devant le jeune Sarup et gravement, il le dévisagea de la tête aux pieds.

Un peu contrit que le vieil homme ne se soit pas agenouillé, comme les autres fidèles, devant lui, le jeune Sadhu lui demanda :

- "Qui est tu vieux moine ? Comme tous les fidèles, tu ne vois pas que le cœur de de Krishna qui bat en moi ?

S'appuyant avec difficulté sur son bâton, le vieux moine répondit :

- "Mon nom est Shankara et, quand à voir le cœur de Krishna qui bat en toi, alors non, je ne le vois pas !"

Interloqué par ses mots, le jeune Sarup objecta :

- "Tu ne le vois pas ? Peut être sont ce tes yeux qui te jouent des tours vieil homme ?"

Le vieux moine répliqua :

- "Mes yeux sont peut être vieux mais, saches bien que je ne suis pas aveugle ! Par contre jeune sadhu, toi tu es aveuglé par ton égo qui te masque la vérité : ton cœur n'est certainement pas le plus pur et le plus lumineux de tous !"

Irrité mais amusé, le jeune Sarup riposta :

- "Bientôt vieux moine, tu vas aussi me dire que le tiens est plus pur et plus lumineux que le mien !"

Sur ces paroles, le vieux moine retira le haut de son Késa pour laisser apparaître un cœur laid, qui brillait comme mille soleils.

Sidéré par ce miracle, les fidèles et le jeune sadhu regardèrent avec stupeur le cœur de Shankara.

Il battait avec force, mais dans sa grande lumière, il était plein de cicatrices, et même quelques pièces y manquaient, tandis que d’autres avaient été ajoutés.

Dans la brillance bigarrée et changeante de son cœur, il y avait quelques parties disparues depuis fort longtemps et, on voyait bien que ce dernier, portait le poids des ans du vieux moine.

Stupéfaits par la brillance mais aussi par la laideur de son cœur, les fidèles assemblés pensèrent :

- "Il est vrai que son cœur est beaucoup plus lumineux que celui du jeune sadhu, mais quand on regarde sa laideur, on voit bien qu'il n'est pas le plus beau ! Alors, comment ce vieux moine pourrait-il nous dire que son cœur est plus pur que celui du jeune homme ?"

Sur cela, le jeune sadhu regarda le cœur de Shankara et se mit à rire, avant de s'exclamer :

- "Ton cœur est certes plus lumineux que le mien vieux moine, mais comment comparer ?"

Posant la main sur le sien, il ajouta :

- "Regarde ! Le mien est beau tandis que le tien est laid de blessures et de larmes."

Avec humilité, le vieux moine répondit :

- "Ce que tu dis est vrai et juste ! Mon cœur est laid de blessures et de larmes mais, même si tu me donnais le tien, jamais je n'échangerai avec le mien jeune Sadhu."

A ces mots, un doute traversa l'esprit du jeune sadhu alors que Shankara poursuivait :

- "Mon cœur est laid de blessures et de larmes car, vois tu, chacune de ses blessures personnifie l'amour que j'ai donné. Souvent, j'ai donné aux autres une partie de mon cœur, pour souvent, recevoir en échange une partie du leur. Voila pourquoi mon cœur est laid !"

Devant les fidèles et le jeune sadhu qui restaient silencieux, avec compassion il ajouta

- "Il est laid, car quand je reçois des autres une partie de leur cœur, leur partie ne vient pas parfaitement s'imbriquer dans le vide de celle que je leur ai donné ! C'est ainsi qu'il fut déformé. Quant aux déchirures que tu peux y voir, elles sont le fait que parfois, j'ai offert sans recevoir, par volonté ou par dépit. Alors, voila pourquoi malgré sa laideur apparente, je n'échangerais mon cœur pour rien au monde."

L'intonation de son visage subitement changée, le jeune Sarup, descendit les quelques marches qui le séparait du vieux moine et s'immobilisa devant lui.

Là, tremblant, il arracha un morceau de son cœur pour la tendre vers le sien, avec dévotion.

Le vieux Shankara accepta ce cadeau, et avec bienveillance, il retira une partie du sien pour la placer dans la blessure de cœur du jeune sadhu.

Surpris, Sarup regarda alors son cœur laid de la blessure et tout en versant des larmes, il s'agenouilla devant Shankara, le vieux moine.

Et c'est ainsi que ce termine ce conte.

Alors ?

Alors chères toutes et chers tous, Sarup, le jeune Sadhu, venait de comprendre que son cœur avait perdu de sa perfection, mais par contre, il savait maintenant, que celui ci était devenu bien plus beau qu’il ne l’avais jamais été.

Bien plus beau, depuis que l’amour provenant du cœur de Shankara, coulait dans le sien...

De même, n'oublions pas aussi de lire le texte ci dessous : il pourrait nous ouvrir encore quelques portes.

Cristal Himalaya

 

"Aujourd'hui, c’est la société du chacun pour soi ! L’important, c’est ce que je veux. Il y a peu de bienveillance, de compréhension, de prévenance pour les désirs des autres ; on fait peu attention au fait que ce que nous voulons peut heurter quelqu’un d’autre. On pourrait penser, à bon droit, qu’on devrait être totalement comblé(e)s puisque c’est le règne du « tout pour moi, tant pis pour les autres - chacun pour soi ! » On est maintenant libres de faire tout ce qu’on veut. Pensez-y : on a assez de nourriture, on a un logement, on a plein de vêtements et on est libre. On peut faire tout ce qu’on veut, pourquoi alors ne sommes-nous pas parfaitement heureux ? Pourquoi le taux de suicide est-il si élevé parmi les jeunes qui ont tant combattu pour obtenir cette liberté qui devait les rendre éternellement heureux ? Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Notre société de consommation voue un culte à l’individu, particulièrement à l’individu qui réussit. Pour réussir, nous devons faire ce que la société nous dicte. Nous devons nous habiller d’une certaine manière, nous devons manger le même type de « malbouffe », nous devons boire, fumer et avoir l’air cool. Après, nous réussirons, nous aurons plein d’amis et nous serons heureux pour toujours. Mais ça ne marche pas. Pourquoi ? Peut-être parce qu’on ne se réalise pas vraiment en contentant nos propres désirs, peut-être parce que l'on ne trouver le vrai bonheur qu'en pensant aux autres..."

Enseignement de la Vénérable Jetsunma Tenzin Palmo

 

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